Santé publique et hôpital

Santé publique et hôpital

Hervé Charles 10 février 2026

Tout d’abord, permettez moi de saluer l’action de votre association qui porte la parole des citoyens et n’a eu de cesse d’œuvrer pour qu’une réelle concertation soit réalisée. Nous avons pu constater que les citoyens ont été largement exclus du processus de création de cet hôpital unique. Sentiment que nous avons pu partager en tant qu’élus, j’y reviendrai.

Si j’ai bien compris les termes du débat de ce soir, il ne s’agit pas de rester cantonné à ce projet d’hôpital unique mais d’ouvrir sur les questions de santé publique en général. Je commencerai donc par vous présenter notre conception de la santé publique dans le cadre d’un municipalité pour ensuite préciser nos positions sur le projet d’hôpital unique à Lanne.


- LA SANTÉ PUBLIQUE DANS LE CADRE MUNICIPAL

Le droit à la protection de la santé, obligation constitutionnelle, relève de l’État et bien qu’elle soit territorialisée, la santé n’est pas décentralisée. Les collectivités territoriales peuvent s’en emparer mais sans moyens supplémentaires ni réelle autonomie.

La santé est un droit fondamental, pas une marchandise et repose sur un service public fort, dont l’hôpital constitue un élément central, nous soutenons son maintien sur notre territoire.

La sécurité sociale a fêté ses 80 ans, véritable conquête ouvrière collective dont on doit la concrétisation à Ambroise Croizat, ministre communiste et aux militants de la CGT. Mais elle doit faire face depuis à d’incessants reculs, faisant porter aux assurés un reste à charge de plus en plus important, qui entraîne un renoncement aux soins, limitant la durée des arrêts maladie. Nous sommes, de nos jours, bien loin du 100 % sécu imaginé lors de sa création.

Nous voulons appréhender la santé dans une approche renouvelée, globale, transversale et cohérente au cœur de toutes les actions que nous menons, avec la participation des habitants, pour garantir l’accès aux droits, à la prévention et aux soins pour toutes et tous.

Que faire au niveau d’une municipalité ? Elle peut notamment agir sur les déterminants sociaux de santé

Les déterminants sociaux de santé sont les conditions dans lesquelles les gens naissent, grandissent, travaillent et vieillissent et l’ensemble des systèmes qui façonnent les conditions de leur vie quotidienne. Elles creusent les écarts sur l’espérance de vie et l’espérance de vie en bonne santé. La position dans la hiérarchie sociale impacte l’état de santé et particulièrement le recours à la prévention et aux soins : renoncement, freins financiers, freins culturels ou handicap … L’accès à l’offre de soins n’est pas le seul déterminant de santé, il ne représente qu’une portion congrue de la réponse (10%). Les systèmes de soin et de prévention ont souvent renforcé plus que réduit les inégalités sociales de santé. Elles sont donc évitables à condition d’avoir la volonté politique d’agir sur les leviers mobilisables.

C’est là qu’il nous appartient d’agir pour la santé et l’équité en santé dans toutes les décisions relevant de nos politiques. Nous nous y engageons.

Quelle est la situation à Tarbes ?

  • Absence d’une politique de santé portée à l’échelle de la ville et de l’agglomération

  • Une démographie médicale défavorable, un nombre croissant de personnes sans médecin traitant, une population vieillissante, une forte précarité (26 % taux de pauvreté,14 % des habitants de la CATLP ont des droits ouverts à la Complémentaire Santé Solidaire, 6% des habitants de la CATLP sont allocataires de l’Allocation Adultes Handicapés), une hausse des besoins en santé mentale que le service public ne peut plus prendre en charge.

  • Des difficultés d’accès aux droits

  • Les personnes les plus défavorisées ont un état de santé plus dégradé :

les conditions de vie et de travail, le logement (plus de 3270 logements du parc privé sont considérés comme potentiellement indignes), des risques accentués (sédentarité, obésité, addictions, violence, diabète et pathologies cardio-vasculaires, problèmes dentaires …), sans parler de la souffrance psychosociale.

Mais aussi, des publics particulièrement vulnérables : les migrants dont les mineurs non accompagnés, les gens du voyage, les travailleurs pauvres, les étudiants, les mères monoparentales, les personnes en situation de handicap et toute la population invisible et éloignée du système de santé …

  • 73 % des habitants du territoire de la CATLP résident dans une commune où la qualité de l’air est détériorée par des émissions de particules fines et d’oxyde d’azote, la qualité de l’eau est aussi un enjeu majeur.

  • Un centre de santé qui peine à accueillir tous les publics, qui ne permet pas une prise en charge globale et le développement de projets de santé publique

  • Mais il existe des dynamiques professionnelles sur lesquelles s’appuyer : dispositifs de coordination, une Communauté Pluriprofessionnelle Territoriale de Santé, un Projet Territorial de Santé Mentale

Que propose Tarbes Citoyenne Écologique et Solidaire ?

Je ne vais pas rentrer ici dans le détail de notre programme en terme de santé publique, ce serait trop long. L’ensemble des documents sera mis en ligne et vous pourrez avoir accès au détail de nos propositions.

Ce qu’il faut retenir, c’est que ces propositions viennent directement de notre conception et de l’analyse de la situation à Tarbes et qu’elles sont travaillées depuis plus de 10 ans maintenant.

Parmi nos propositions, je pourrai retenir :

  • la création d’un.e adjoint .e « solidarités, prévention et santé » et d’un service de prévention santé municipal qui mettra en œuvre notre politique de santé publique, en s’appuyant sur les acteurs locaux et les dispositifs de coordination existants. Il aura notamment pour mission d’organiser des états généraux de la santé et l’étude du déploiement de « Maisons Urbaines de Santé » dans les quartiers.

  • Protéger la santé environnementale : lutte contre la pollution de l’air et les nuisances sonores, qualité de l’eau, développement des mobilités actives, végétalisation des espaces publics, aménagement de l’espace public favorable à la santé.

  • Réduire les inégalités sociales de santé :

En Agissant sur les déterminants de santé : emploi, éducation, logement, alimentation, mobilité, accès à la culture, à l’activité physique et au sport.

Et en Renforçant les moyens du CCAS, outiller les agents pour un accompagnement médico-social soutenu (lutte contre le non recours, accès aux droits, à la prévention et aux soins ... ). Améliorer la prise en charge de la souffrance psychique des publics accueillis : renforcer les dispositifs existants (psychologue) .

Dans notre programme nous parlerons aussi de la santé des enfants et des jeunes, de la prise en charge de la prescription d’activité physique adaptée (en lien avec la Maison Sport Santé), de la mise en place d’une mutuelle communale, du recrutement de professionnels para médicaux pour le centre de santé pour évoluer vers des missions de santé publique, de prévention et promotion de la santé et enfin à l’échelle de l’agglomération, plutôt que d’empiler les dispositifs, mettre en cohérence les politiques visant à améliorer « l’attractivité médicale du territoire » et dépasser la mise en concurrence des territoires.

Plus globalement, nous redonnerons du pouvoir d'agir aux habitants pour une réelle démocratie sanitaire, puisque c'est aussi cela qui a manqué pour le projet de l'hôpital.

L’HÔPITAL DE TARBES ET L’HÔPITAL UNIQUE DE LANNE

D’abord rappeler qu’à travers l’accès au soin pour tous, nous défendons le service public et son renforcement, que nous sommes conscients de la nécessité de la modernisation de l’outil et que ce dossier est complexe.

Les militants que vous êtes savent très bien comment on s’y prend lorsqu’on veut dézinguer un service public, c’est le même scénario à chaque fois : on laisse aller le service pour dire qu’il n’est plus performant, qu’il faut donc le réformer voire le supprimer.

Tout cela va bien au-delà de la campagne municipale tarbaise : c’est un enjeu pour tous les habitants du 65 : ce projet doit garantir l’équité territoriale, doit répondre à un accès universel aux soins dans un service public respectueux de ses soignants en s’appuyant sur une volonté politique (pas totalement assumée, tout le monde se renvoyant la balle sur ses véritables responsabilités) mais aussi sur l’expertise des soignants, avec une ARS éloignée, objet technocratique (boosté par la Macronie et la start up nation), le maire de Lourdes, président du conseil de surveillance, qui en fait un projet personnel.

Le seul argument qu’il reste aux défenseurs du projet est qu’un nouvel hôpital attirerait de nouveaux médecins avec des outils de haute technologie. Or nous voyons bien que l’hôpital de Tarbes a de jeunes médecins en son sein et qu’un nouvel outil de pointe, un robot chirurgical a bien trouvé sa place dans ce si vieil hôpital. Ce qui peut attirer de nouveaux talents ce sont aussi des effectifs en nombre pour une prise en charge optimale.

Tout cela doit s’inscrire dans une vision politique plus large du maintien en santé, de l’accès aux soins, d’une offre de soins de premier recours efficiente, pour rappel 40 % des passages aux Urgences relève de la médecine générale.

Le coût devient faramineux, il atteindrait 420 à 430 millions d’euros, pour un projet initial aux alentours de 250 millions, sans parler des coûts induits pour les collectivités, notamment l’agglo TLP et sans parler de la dette du centre hospitalier, autour de 92 millions d’euros.

  • Au niveau de la concertation, nous l’avons dit tout à l’heure, les citoyens sont les grands absents de ce projet et l’amateurisme est apparu à de nombreux niveaux : les différents scénarios ne sont pas traités au même niveau (rénovation écartée immédiatement), privilégiant le choix d’un hôpital en pleine campagne (rappel choix du site lors de la première réunion publique ici même), il est apparu un défaut de transparence dans la diffusion des informations et l’explication des décisions à la population – grand flou pour les finances – et l’impact environnemental constamment négligé. Les demandes et recommandations du garant ont-elles obtenu des réponses ?)

D’après les élément fournis par votre associations, la direction de l’hôpital aurait décliné la proposition du CNDP visant à maintenir un dialogue régulier avec la population.

Le positionnement des élus

Nous n’avons jamais été associé, ni consulté directement sur ce projet d’hôpital unique. Chacune se renvoie la balle : la mairie annonce ne pas avoir la compétence santé, l’agglo TLP non plus et le département ne sait pas trop. Dernièrement lors d’une réunion publique de quartier, l’ancien maire de Tarbes a même annoncé que les élus locaux subissaient les décisions de l’ARS et de la direction de l’hôpital et que aucun élu n’avait la moindre influence sur les décisions prises.

Jamais de débat direct en conseil municipal ou communautaire mais des débats détournés autour de délibérations annexes.

Nous avons pu intervenir, par exemple, lors du conseil municipal du 22 septembre 2023, lors de la présentation de la délibération sur la fusion administrative des hôpitaux de Tarbes et Lourdes.

Cette fusion administrative entérine de fait la fermeture de l’hôpital de Tarbes qui répond aux attentes du COPERMO (comité interministériel de l’offre de soins) et du conseil national de l’investissement en santé dans le cadre de l’éligibilité du projet de reconstruction commun des hôpitaux de Tarbes et Lourdes à Lanne – il n’est jamais question de l’avis des citoyen.nes – cette fusion conditionne même l’aide financière de l’État. Dans cette délibération, il est précisé : « en stratégie publique, la fusion vise à maintenir une offre de soins sur le territoire, à la différence du secteur privé qui vise ainsi à gagner des parts de marché » … Les arguments sont pauvres d’autant plus que cette fusion conduira à la fermeture de lits (-21) et que la fermeture de l’hôpital de Tarbes favorisera à terme le secteur privé de la ville.

  • En 2020, dans notre programme nous annoncions vouloir « préserver les 2 hôpitaux de Tarbes et Lourdes » à l’époque ce projet était appuyé par le maire, le président du CD, les services de l’état et tous les parlementaires, sans consultation de la population concernée avec à la clé une réduction du nombre de lits et de personnel, le tout dans un mouvement général de privatisation des services publics.

  • Nous n’ignorons pas qu’il faut encourager toutes les formes de coopération entre établissements, entre secteur sanitaire, social et médico social, avec la médecine de premier recours et repenser l’organisation de l’offre de soins sur le territoire en confortant la place du secteur public.

La construction d’un nouvel hôpital dit hôpital unique aura des conséquences désastreuses en termes d’artificialisation des sols. À quoi sert de légiférer avec un plan biodiversité « zéro artificialisation nette » y compris pour les équipements publics (CH hors ZAN ?) cause première du réchauffement climatique. Quel exemple donne-t-on à a population lorsque les collectivités peuvent s’affranchir d’un telle règle en sortant du ZAN local ce projet ?

La présentation du projet en janvier 2022 au conseil communautaire a rendu visibles les problématiques et la complexité du déploiement de tous les réseaux : assainissement, eau potable mais aussi les transports pour desservir le site. Une première ébauche estimait un coût allant de 3 à 7 M d’euros.

  • Ce projet d’hôpital unique plane sur l’agglo TLP et peut être évoqué lors de débats annexes : rénovation de la mairie de Lanne, projet régional de santé, PLUI ou SCOT, …

Nous avons déjà parlé des coûts exorbitants de ce projet, un autre problème qui est soulevé par ce projet est l’avenir des sites laissés vacants, il faudra des décennies pour leur trouver une hypothétique destination avec des coûts, notamment de gardiennage afférents.

Avec TCES, nous affirmons depuis toujours que ce projet est inutile et qu’il ne répondra pas aux besoins d’accès aux soins et de proximité de la population tarbaise et au-delà. Moins de lits, moins de soignants, cette agitation vaine détourne l’énergie nécessaire à la prise en compte réelle de la dégradation de l’offre de soins et des conditions de travail du personnel hospitalier. Nous avons voté contre cette fusion administrative, préalable à la fermeture de l’hôpital de Tarbes, en l’absence de tout débat citoyen et de proposition alternative de réhabilitation du site existant.

Dernier point pour conclure : les études montrent que le lien de causalité entre qualité des soins et taille de l’hôpital n’est pas automatique mais qu’il est spécifique à chaque acte, variable dans le temps. Sur le plan financier, la fusion n’est pas l’outil le plus pertinent pour réduire les déficits hospitaliers. Les processus de fusion sont eux même sources de surcoût ou de dysfonctionnement et c’est l’IGAS qui le dit, dans un rapport de 2012.

Retour aux articles